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Distributique : Entretien avec Silvano Trotta |

« Les PME sont écrasées par la nouvelle politique d'achat de l'Etat »08/03/2010 - par Didier Barathon
Un an après son élection à la présidence de la Ficome, Silvano
Trotta dresse son bilan, celui des actions engagées par son Syndicat et
de ses promesses. Surtout, il "aligne" le comportement de l'Ugap et les
nouvelles politiques d'achat de l'Etat.
Distributique.com : Pourquoi alerter l'opinion sur les pratiques de l'Ugap ?
Silvano Trotta :
Cet organisme est devenu assez monstrueux dans ses pratiques. Plusieurs
de nos adhérents remontent des exemples. Dans les réseaux et
télécommunications en effet, l'Ugap référence un constructeur et un
intégrateur pour les installations de 5 à 100 postes, un autre tandem
pour celles de 20 à 5 000 postes. Que fait le premier s'il doit
répondre à un appel d'offres sur 120 postes ? Soit il ferme les yeux et
avance quand même une proposition, soit il donne le projet à un
concurrent agréé pour la tranche supérieure. Je vous laisse deviner la
réponse. Des projets sont donc réalisés par des prestataires non agréés
et l'Ugap ne vérifie pas. Nous avons ainsi de multiples exemples où le
matériel installé ne correspond pas forcément au cahier des charges de
l'Usap.
De plus, l'Ugap ne référence pas tous les constructeurs, toutes les
solutions possibles. Or, nous avons besoin sur le terrain, pour
répondre au mieux à nos clients, de la meilleure solution au meilleur
moment. Donc, nous avons besoin de toute la palette possible de
solutions réseaux. Comme elles ne sont pas toutes référencées à l'Ugap,
on perd des compétences en ne référençant pas les nouveaux acteurs de
la ToIP, par exemple en messagerie unifiée. J'ai alerté l'Ugap sur cet
autre sujet. A force de vouloir centraliser les achats publics, l'Etat
s'est coupé des meilleures technologies.
Distributique.com : Vous mettez aussi en lumière le rôle d 'un nouvel organisme qui double l 'Ugap ?
Silvano Trotta :
Le plus incompréhensible reste effectivement la création du SAE, le
Service des achats de l'Etat. A côté du catalogue de l'Ugap, l'Etat se
dote d'un service centralisé d'achat. Créé par le décret du 17 mars
2009, ce service organise, sous la direction du Ministère du budget,
les achats de pratiquement tous les ministères. C'est un rouleau
compresseur. Pour obtenir des réductions de coûts, il impose son
autorité à tous les ministères et s'étend aux échelons déconcentrés des
administrations. Le moindre rectorat va par exemple dépendre de Paris
pour le moindre achat. Je veux bien qu'on obtienne des prix réduits en
centralisant 10 000 ou 100 000 achats de chaises de bureau, mais pour
une installation en ToIP c'est l'intégrateur de proximité qui devrait
être le meilleur conseil, c'est également lui qui peut suivre le client
et effectuer les mises à jour.
Je redoute également, avec la création du SAE, un renforcement des
grands acteurs habitués aux marchés publics. Ils vont s'adapter
facilement à ces nouvelles procédures nationales et centralisées et
renforceront leur tendance à sous traiter localement une partie de
leurs contrats.
Distributique.com : Vous êtes quand même le pot de terre contre le pot de fer, que comptez-vous faire ?
Silvano Trotta :
On va se battre. Avec d'autres syndicats, comme la Feb dans
l'équipement de bureau. En alertant les parlementaires, parce que cette
création du SAE et ses conséquences restent totalement ignorées
aujourd'hui. Cette affaire est grave. Derrière une politique qui trouve
son origine dans la réduction des coûts de fonctionnement, on trouve
aussi une contradiction. J'entends comme tout le monde beaucoup de
discours et de promesses sur l'aide aux PME. Mais c'est l'inverse qui
va se produire. Nos PME vont souffrir comme vont souffrir les
collectivités locales. Prenez la taxe professionnelle, je suis certain
que de nouvelles taxes, vont, en cumulé, représenter une somme
supérieure à l'ancienne « TP » pour nos PME.
Distributique.com : Il y a un
an, vous arriviez à la présidence de la Ficome avec une promesse :
redresser le nombre d'adhérents. Si au bout d'un an, vous n'aviez pas
redressé la tendance vous ne vous représenteriez pas. Avez-vous tenu le
pari ?
Silvano Trotta :
Effectivement, je me représente lors de notre prochaine Assemblée
générale du 24 mars. Nous étions dans le rouge avec un nombre de départ
supérieur à celui des arrivées. Aujourd'hui, avec 350 adhérents contre
320 il y a un an, nous avons renversé le courant. Plusieurs chantiers
sont ouverts. Par exemple des sessions thématiques sur l'hôtellerie,
les collectivités locales ou l'hôpital, permettent à nos adhérents de
s'ouvrir à de nouvelles compétences. C'est aussi le cas avec la
télévision sur IP, une véritable manne.
Nous reprenons également contact avec de grands fournisseurs. RIM est
venu nous voir, nous avons réalisé avec eux et nos adhérents un «
atelier de recherche ». Les adhérents Ficome pourront revendre le
serveur de RIM. Cisco est venu nous voir pour toucher nos adhérents
traditionnels et Aastra nous a sollicité pour les faire découvrir à des
SSII.
Distributique.com : Les installateurs passent pour manquer de compétences, notamment en ToIP, comptez-vous réagir ?
Silvano Trotta :
Nous avons organisé une véritable montée en compétence, avec le Plan
innovation Progrès. Une première opération a vu le jour en
Ile-de-France en 2009, avec une dizaine de nos adhérents. Ils sont
formés pour moderniser leurs entreprises et la développer. Des sessions
co-financées par la Drire Ile-de-France et la Ficome. La Drire Alsace
va nous accompagner pour une opération similaire sur cette région.
Dans le même ordre d'idées, nous regardons de près le sujet des
successions. Toute une génération de dirigeants d'entreprise se
rapproche de la retraite. Parfois avec une succession familiale directe
et l'arrivée de nouvelles compétences. Dans d'autres cas, il faut
essayer d'anticiper. Deux de nos administrateurs reçoivent des
candidats au rachat et sélectionnent ces candidats. Ils envoient, de
manière anonyme, leurs dossiers aux installateurs qui veulent étudier
leurs succession.
La montée en compétence passe aussi par Qualifcom, le label des
télécoms défini au plan européen par l'ETSA. Nous poussons nos
adhérents à passer cette qualification, nombre d'appels d'offres
demandent si le prestataire a passé une telle certification. 17 de nos
membres se sont certifiés Qualifcom en six mois. Au total, 50 de nos
adhérents sont certifiés. Nous devons arriver à 350.
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